Du ciel c’est un émiettement de petits carrés argentés. Ils sont répartis dans toutes les collines, ces toits de tôle, et si même si on les frôle en descendant vers la piste, on les compare avec étonnement avec la densité misérable des approches aériennes de l’Inde par exemple. Ici la pauvreté est extrême mais ne grouille pas dans l’entassement le plus absolu. On est bientôt en Bolivie. On est bientôt sur la piste de Cochabamba.
Bonjour à tous,
merci encore à tous d’être inscrits comme membres bienfaiteurs de Demain Nos Enfants, et veuillez recevoir toutes nos excuses pour le retard de cette première news, les télécommunications ici peuvent progresser encore…
Nous voilà à Cochabamba, donc, depuis hier et nous n’avons pas vraiment connu de temps mort puisque déjà, bien qu’ayant voyagés plus de 24 heures nous sommes allés en prison dès notre descente de l’avion. L’accueil de Marianne Sébastien était des plus chaleureux, nous nous sommes embrassés sous une pluie de confettis et de présentations, puis direction la voiture, vieux devant sur les sièges et jeunes derrière dans le vent et l’inconfort de la benne du Pick-up. Notre travail a débuté aussitôt. Prison des femmes. Prison des hommes. Les prisons de Cochabamba sont des sortes de grandes maisons tortueuses avec une cour intérieure. Vivent là, dans un confinement étroit des centaines d’enfants, des familles, des hommes, des femmes. Il faut cinq ans pour un jugement et les pauvres se défendent mal. Ils ne sont pas défendus. Marianne parle avec les unes et les autres. Des femmes témoignent. Nous partageons des pains au fromage (un cousin proche de la Bastelle Corse de Corte, un régal) mais j’avoue que devant ces femmes emprisonnées sans motif, sans jugement, j’avoue que devant leur témoignages et leurs larmes, leur solitude au milieu du brouhaha de la promiscuité, je mâchouille ma « Bastelle » sans faim et sans conviction. Les hommes de leur côté sont menuisiers et vendent leurs meubles sur le trottoir devant la prison (!). Ils jouent au billard ou dorment dans des micro-cellules bricolées en bois et en carton et auxquelles on accède par des boyaux de 50 centimètres de large.
C’est indescriptible. Je connaissais les prisons en France pour y avoir joué au Volley avec mon équipe. Celles-ci ne se comparent pas. Tout à la fois plus vivantes, plus villageoises et plus précaires… Voix Libres ici construit, rénove la prison, améliore les conditions de détention, paye des avocats, fait exprimer aux uns et aux autres des douleurs et des solitudes profondes, lève et distribue des micro-crédits…
Nous tentons dans une hésitation de débutants quelques photos. Voilà…
Pour un premier jour, nous sommes secoués. Dodo. Demain nous allons sur les poubelles et dans les écoles…
Nous pensons à vous, nous pensons tendrement à vous que nous ne connaissons pas tous et, même si les filles refont tard le soir, le monde de la photo (le sujet, l’art, le reportage et l’esthétisation coupable de la misère, un véritable colloque à deux, whaou) je cède à un engourdissement coupable, à un sommeil heureux et à des rêves que je ne vous dévoilerai pas…
Avec toute notre amitié.
Pour l’équipe Bolivie de Demain Nos Enfants
Michel Augendre