Bonjour au matin du deuxième jour !!
Excellente nuit et douche glacée car l’eau chaude est nous ne savons pas où. Il pleut. La Bolivie est le pays des quatre saisons chaque jour. Cet après midi nous subirons les rougeurs du soleil.
Première visite, une école. Chants, repas. Tout ceci est bien joyeux. Dans une pièce vide je suis en train de photographier tables et chaises (j’aime la lumière des pièces vides, c’est un sujet de photographie dont je n’épuise ni le charme ni la douce sérénité). Une femme entre. Ses yeux brillent. Elle porte devant elle son diplôme. Elle vient d’apprendre à lire. L’intensité de son regard est une langue plus sûre que mon espagnol (Ola, Gracias, muchos et voilà voilà…). Elle veut être prise en photo. De fierté. De bonheur par dessus les coups (toutes les femmes ici sont battues, tous les enfants ici sont maltraités).
Voix Libres construit, passe des conventions avec plus de 70 communes, finance 50% des investissements, enseigne, forme, utilise l’arme du micro-crédit comme un outil de développement et d’autonomisation. J’ai vu Marianne tenir tête à des hommes qui lui voulaient de l’argent (coule, argent des autres que je ne fasse moi-même peu ou rien). Marianne apporte de l’argent (votre argent, celui de l’exportation de produits, celui de « l’entreprise » Voix Libres) contre des projets, contre des actions positives, contre des vies qui se redressent, contre des promesses de ne plus se laisser battre plâtre. Marianne donne son affection, le sens à suivre, le sel de la vie, le chant, se tenir droit, parler avec assurance. Les réunions sont des lieux de paroles sûres. Chacun intervient. Chacun écoute. Chacun est invité à parler avec puissance et à chanter sa vie. A la pleurer, à la partager à la conduire un peu plus. Marianne ne sort pas de Musset. Elle aime avec constance.
Blam Blam. Les appareils sont rouges d’effort et de soleil.
Deuxième école. Troisième école. Casa Blanca, le début historique de Voix Libres (Ah ! Casablanca ! ) Puis les poubelles.
Les poubelles, c’est moi, vous, l’épluchure des légumes, les bouteilles vides, le carton qui entoure les yaourts, les vielles chaussures du petit. Quelques centimes de gagné pour celui qui amasse le caoutchouc de la semelle des vielles chaussures. Ici ce sont les pauvres des pauvres qui vivent dans le tri des résidus pestilentiels. Midi. Soleil de plomb, des chiens partout, une source noire coule de la colline des ordures. Je suis son lit gluant et tombe sur le visage poupin et propre de Harry Poter en photo dans un quotidien de Bolivie. C’est presque ma seule photo. Ici les gens ne veulent pas. Ils ne veulent plus rien. Ils sont vieux, édentés, blessés. Marianne tente de tracter ailleurs… Ils sont ailleurs.
Corinne, Vera, Guilhem, Tristan. Nous sommes là. Nous ne savons que dire, évitant de respirer trop fort. Mon emballage photo est vide. Je dois le jeter. Je retiens un sourire narquois. Instinctivement je l’ai mis dans ma poche car on ne laisse pas ses poubelles en refuge, où sur le trottoir. C’est une règle. Et je suis fier de la respecter, même au milieu de 500 000 tonnes d’ordures décomposées. Je jetterai mon carton en revenant ce soir à l’hôt… Imbécile que tu es mon pauvre. Elle reviendra où, la poubelle de l’hôtel ?? Hein ?
Retour à l’école. Un après-midi de rêve, de distribution de brosses à dents, de jeux. J’ai l’index qui enfle tellement j’appuie sur le déclencheur. Nous sommes claqués. Retour dans le vent tiède à l’arrière du pick-up avec les jeunes et les amis Boliviens. Nous dégustons des mangues. Des mangues. Des mangues.
Soyez nos complices. Sortez de chez vous et faites en sorte que, chaque jour, un ami de plus s’inscrive comme-un-membre-bienfaiteur-qui-ne-paye-pas. Voix Libres (et d’autres) méritent que nous les écoutions, nombreux.
Amitiés rouges (coup de soleil :-))
Pour l’équipe Bolivie de Demain Nos Enfants
Michel Augendre