Visiblement ils n’ont pas lu Pagnol. Ils sauraient, sinon, que manier la dynamite avec l’alcool ne donne rien de bon. Et pourtant, non seulement ils barrent la route avec des rangées de pneus incendiés, non seulement ils nous interdisent tout retour vers Potosí après deux jours de visites des structures de Voix Libres dans les villages les plus isolés de la région (vous aviez remarqué ? Pas de mail, pas de téléphone portable et même pas de téléphone fixe… de quoi goûter au calme dans des « Pueblos » accessibles après des heures de pistes poussiéreuses dans des panoramas à couper le souffle), mais en plus ils s’amusent d’un bâton d’explosif par ci par là pour montrer qu’ils sont décidés à en découdre.
Le conseil des Cadres de Voix Libres : s’éloigner du barrage et des feux obstruant la route. Ils peuvent vous envoyer les pétards dans les jambes si vous ne reculez pas. Temps estimé d’attente ? Personne en sait. Deux heures. Deux jours. Une semaine…
Bon… alors voyons. Demain Nos Enfants à Paris est autonome. Le travail, tout va bien, la délégation est très indiquée dans tous les manuels de management. Mais les amis ? La famille ? Comment prévenir ? Comment éviter le stress ? Un conseil à vous tous : pas de nouvelles = bonnes nouvelles. Pour le reste…
Pour le reste, bonsoir à tous et merci d’être fidèles à la lecture de ces News.
Nous venons de vivre deux journées exceptionnelles.
Par la beauté des paysages traversés. Par la qualité des rencontres que nous faisons. J’ai été très touché de parler avec Lia Claeys, cette sœur, installée depuis l’âge de 25 ans dans un petit village. Là où l’aventure du père Sebastian a débuté. Là où il est enterré. Né en juin 1932. C’est noté sur sa tombe blanche dans l’église blanche du village. Mort à cinquante ans d’une crise cardiaque. Sentant sa mort venir il décide d’envoyer tous ses projets toutes ses archives à Marianne pour quelle continue. Lia à perdu une jambe. Elle rit tout le temps. Elle dit d’elle même qu’elle tente de faire son travail au mieux. Non, elle n’enseigne plus – sa spécialité c’était les maths - mais elle est encore active à faire de cette ville de 2000 habitants la plus instruite de toute la région. Internats, écoles, collèges. Elle veille sur tous comme ses enfants. Et en particulier sur un garçon de 35 ans, débile depuis toujours à force d’avoir été battu à coup de barre de fer. Il déjeune à table. Une victoire. Il ne mangeait que parterre lorsqu’elle l’a enlevé à l’enfer. Elle le fait dormir dans sa chambre depuis toujours pour calmer ses angoisses. Il parle encore la nuit, dit-elle mais je ne l’entends que de loin… elle rit, encore.
Nous allons dormir dans une des maisons de la fondation Voix Libres. Un internat se construit. 5000 poules sont élevées là. Mmmh, enfin vous me comprenez j’espère :--))) Elles pondent (c’est étrange la bonne volonté des poules, non ?). C’est un bonheur de les prendre en photo. Elles sont affolées mais je leur dois un remerciement. Celui d’avoir stoppé net, dans le poulailler parental de Tananarive, ma carrière de fumeur. Elles avaient protesté si vigoureusement à ce qui fut ma première et seule sèche ! Comme quoi la protestation sert. Mais il faudrait vraiment être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que l’action positive c’est vraiment mieux.
Je vous en raconte une autre. Pour atteindre le village isolé de Calcha il n’y avait pas de route. Mais ce village est fertile, calme. Posé dans un paradis de Cayon aux couleurs vert tendre et parme doux. Il y a là un prêtre qui donne tout son terrain, les bâtiments pour accueillir les orphelins de Potosí, au lieu de travailler à la mine. Au lieu d’essuyer vous savez quoi de honte bue (c’est le mot) et du reste. Ils seront bien, ici. Étudier. Travailler pour subvenir (à ceux qui sont choqués du travail des enfants je leur demande : travaux récréatifs et école, amour et pain, un peu de boulot tout de même où, mine et barre à mine sur le dos au quotidien ?). Mais voilà. Pas d’argent pour la route… N’importe quelle institution demandera trois dossiers, quinze justificatifs pour donner de l’argent. N’importe qui, en probité de l’argent collectif, fera attendre. C’est la force d’une organisation comme Voix Libres, C’est la Force d’un entrepreneur social comme Marianne, c’est la force de l’action positive que de marier la planification, le management, la gestion le sérieux et la capacité d’initiative de prise de risque, d’engagement. Pas d’argent ? La route est faite. Nous y avons roulé aujourd’hui pour la première fois tous ensembles, dans l’enthousiasme et des décors dignes des meilleurs westerns. L’argent ? On le trouvera ($15.000) et aussi celui d’un véhicule car c’est indispensable pour transporter les produits, les enfants etc. (re 15 000 USD).
Voilà. Tout est dit.
Nous ne rentrerons pas en France si vous ne dépassez pas la barre des 100 membres bienfaiteurs :--))) Pas d’argent entre nous. L’argent viendra seul. Être nombreux, c’est le plus crucial.
ET MAINTENANT : PHOTOS !!! (il est 2 heures du matin tout de même, ici et demain c’est une lourde journée de travail. Re la mine, re les prisons, re la joie de voir tous ceux qui s’en sortent.
Il est 7 heures pour vous. Les plus fans attendent devant l’ordinateur (hé hé hé !)
Pour l’équipe de Demain Nos Enfants en Bolivie
Michel Augendre